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«... Lizzie Blakeston était, à l’âge de douze ans, la meilleure danseuse de Faith street, de Cambridge road et peut-être de tout Mile-End, simplement. Qu’un orgue se fit entendre dans un rayon d’un quart de mille autour de sa demeure, et elle arrivait en courant, assujettissant d’une main sur sa tête un canotier délabré. Elle réparait rapidement le désordre de sa toilette tirait un bas, relevait une manche, repoussait dans le rang un faisceau de mèches rebelles, puis elle dansait, et les ballerines locales rentraient dans l’ombre...»
«... Les rosiers et la vigne vierge tapissaient les murs. On ne voyait aussi que de vieilles fleurs dans les massifs de la terrasse. La gerbe d’eau des arrosoirs passait éternellement, les soirs de chaleur, sur la pourpre opaque des géraniums, les grappes bleu-violet des héliotropes et le doux cornet des pétunias, flexibles, fripés par le grand soleil, tout englués de sève sucrée, dont le crépuscule développait l’odeur délicate. Les bordures étaient faites d’une plante basse, dont les feuilles semblaient des langues de feutre grisâtre...»
“... Clemenceau, que Mme Brindza ne gênait guère, avait décidé de rentrer chez lui à pied. La marche lui ouvrait les idées et celles-ci parcouraient son alerte imagination d’orateur, avec la rapidité de l’éclair, entremêlées de souvenirs de ses parents et de la Vendée, car il était naturellement émotif, bien que marqué de rudesse, de sarcasme et d’indifférence. Le besoin de la Revanche, cela n’était pas un mot, certes. À Bordeaux, Scheurer-Kestner et lui avaient senti, en commun, l’arrachement des deux chères provinces, avec une intensité extraordinaire, qu’ils n’auraient jamais soupçonnée auparavant… la livre de chair de Shylock. Ces Allemands étaient un grand peuple, mais foncièrement ennemi qui, avec le temps, demeurerait tel. Comment pouvait-on songer à s’entendre avec des gens pareils ?...”
“ Je commence, avec cet ouvrage, la publication de mes souvenirs et je compte la poursuivre régulièrement désormais. Ce premier recueil de quatre volumes porte sur une période d’environ trente ans, pendant lesquels j’ai été à même d’approcher et de fréquenter les personnalités les plus notoires de la littérature, de la médecine et du milieu politique républicain. Fils d’un écrivain célèbre et qui avait non seulement le goût, mais la passion des échantillons humains, depuis le vagabond de la route jusqu’au plus raffiné des artistes, j’ai été en relations avec beaucoup de gens que je n’avais pas choisis et dont je devais être violemment séparé plus tard par les circonstances de la vie, ou des divergences fondamentales. Polémiste nationaliste, puis royaliste, j’ai été amené à traiter rudement ceux que je considérais comme les ennemis de mon pays. Quelques-uns d’entre eux — Zola, par exemple — faisaient partie de l’entourage d’Alphonse Daudet. Je n’ai pas cru devoir les ménager pour cela, n’ayant par ailleurs reçu d’eux que les témoignages les plus banaux de sympathie à l’endroit d’un jeune confrère. Je compte persévérer dans cette attitude. Deux personnes seulement m’ont encouragé et soutenu dans mes débuts : mon père, qui m’a mis la plume à la main ; Mme Edmond Adam, qui a publié, dans la Nouvelle Revue, mes premiers essais. Pour le reste, je me suis débrouillé tout seul. Mon indépendance vis-à-vis de mes contemporains est absolue...”
Et Robert Lee, l’héritier de Washington, le glorieux commandant en chef des troupes confédérées, voulant mettre ses dernières forces au service de son pays, se fit directeur d’un collège : — « J’ai vu, dit-il, un grand nombre de jeunes gens du Sud tomber sous mon drapeau, je veux employer ma vie à faire de ceux qui restent des hommes de devoir. »
«... C’est encore cette tradition qui m’incite à écrire une vie de Charlotte Corday. Il me plaît de laisser à mes quatre petits-enfants, Pierre et Lise, Yvette et Claude, une histoire de leur « cousine ». Je dois dire aussi que les circonstances m’ont conduit récemment à écrire deux essais biographiques et que la pensée me séduit de compléter le triptyque : j’avais été l’ami d’Anatole France pendant ses douze dernières années et je crus devoir fixer après sa mort, sous la forme durable du livre, l’essentiel de ce que je savais de lui, par lui ; peu après, on m’offrit d’écrire pour une collection la vie sentimentale d’un personnage célèbre et je choisis Diderot, que j’aimais et que j’admirais entre tous...»
“... Adossée, languissante, à une baraque de saltimbanque, dans sa courte jupe blanche pailletée, à la ceinture de soie pourpre, dont le corsage décolleté montrait son cou et ses bras graciles, elle semblait être bien loin de toute cette foule exubérante de gaieté. Son visage, d’une blancheur de cire, ressortait encore plus pâle sous le camélia rouge piqué dans les riches ondes de sa chevelure ; sa bouche mignonne, à peine rosée comme si le sang n’y circulait plus, se courbait sous la pensée amère, et ses petites mains pendaient, lassées, sur sa robe de gaze,Elle pouvait avoir huit ans.Pourquoi, à cet âge heureux où nul souci n’assombrit le front pur, pourquoi cette enfant était-elle ainsi blême et triste sur ces tréteaux où retentissent toujours les rires les plus bruyants ? Elle seule aurait pu le dire, si ses lèvres ne s’étaient serrées parfois comme pour ne pas laisser échapper son secret...”
En 1909 Renée Gouraud d’Ablancourt publie dans La mode du Petit Journal (supplément) les histoires de l’Oiselle - au civil Véga de Ortega - qui se transforme en super-héroïne grâce à son costume ladybird, une combinaison aux ailes artificielles qui lui permet de survoler Paris où elle mène ses aventures. Elle possède une panoplie de gadgets dont un système de vision nocturne et des pilules qui lui permettent de ne pas dormir. Le feuilleton est réédité sous format roman en 1912 sous le titre Vega la magicienne.
“ En automobile, pour la première fois depuis bien longtemps, M. Cyprien Jeansonnet livrait à la caresse du vent printanier sa tête auguste et candide, agréablement ronde, classiquement glabre et dont la bouche spirituelle contrastait avec des yeux limpides, d’une tranquille naïveté. Il avait posé son chapeau de soie sur ses genoux et laissait flotter ses longs cheveux gris. Ainsi, tressautant et inquiété par la rapidité de la course, il franchit le boulevard des Capucines, la rue Royale, la place de la Concorde, le pont, et pénétra dans l’ombre studieuse de la rive gauche...”
Lors de la Première Guerre mondiale, René Benjamin est gravement blessé près de Verdun en septembre 1914 et évacué à l’hôpital de Saumur. Il dut y séjourner plusieurs mois et écrivit les souvenirs et impressions de sa courte période de guerre dans une série d’articles que Lucien Descaves l’encouragea à transformer en roman, puis à concourir pour le prix Goncourt. Seul roman de guerre en compétition, il obtint le prix.
“... La mémoire des hommes n’est qu’un imperceptible trait du sillon que chacun de nous laisse au sein de L’infini. Elle n’est cependant pas chose vaine. La conscience de l’humanité est la plus haute image réfléchie que nous connaissions de la conscience totale de L’univers. L’estime d’un seul homme est une partie de la justice absolue. Aussi, quoique les belles vies n’aient pas besoin d’un autre souvenir que de celui de Dieu, on a toujours cherché à fixer leur image. Je serais d’autant plus coupable de ne pas rendre ce devoir à ma sœur Henriette que seul j’ai pu connaître les trésors de cette âme élue. Sa timidité, sa réserve, cette pensée chez elle arrêtée qu’une femme doit vivre cachée, étendirent sur ses rares qualités un voile que bien peu soulevèrent. Sa vie n’a été qu’une suite d’actes de dévouement destinés à rester ignorés. Je ne trahirai pas son secret ; ces pages ne sont pas faites pour le public, et ne lui seront pas livrées. Mais ceux qui ont été du petit nombre à qui elle se révéla me feraient un reproche si je ne cherchais à mettre par ordre ce qui peut compléter leurs souvenirs...”
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